La Commission centrale des spectateurs
Route de La Ferme des Concombres
Aux environs de 51100 Reims
Le 20 décembre 2008
Monsieur le Directeur et toute votre équipe,
Suite à une plainte de M. F., nous nous permettons de vous rappeler à vos devoirs d’employeur de très nombreux spectateurs.
En effet, en vertu de l’article 440-12 (prononcer quarante-douze) alinéa 24 2°-2 (tiret 2) du CGT (code général du théâtre), l’embauche de spectateurs doit respecter les règles suivantes pour ne pas être irrégulière :
- qu’ils soient majeurs et vaccinés contre le théâtre contemporain,
- se conformer à la durée légale du travail,
- ouvrir exceptionnellement le dimanche et voir les heures en double,
- ne pas dépasser l’âge de la retraite fixé à 40 annuités de théâtre obligatoire, bientôt 41.
Considérant que vous organisez un festival intitulé « Reims à portes ouvertes », sur une durée consécutive de 10 jours, à raison de 2 à 7 spectacles ou assimilés par jour, d’1h30 en moyenne chacun, que cela représente un capharnaüm de 45 représentations, soit 67h30 + 3h pour les 2 spectacles qui comptent double le dimanche – (moins) 4h30 pour les 3 spectacles qui se chevauchent à 13h le mardi, à 21h le mercredi et à 17h le second samedi, ce qui fait un total réel maximum de 66h pour un spectateur à temps plein, inférieur donc aux 70h minimum obligatoires sur 10 jours ouvrés (2 x 35h) ;
que les intéressés ne peuvent donc remplir la totalité de leur contrat qu’en allant boire des verres au bar, sans mode ni ration parfois, engageant ainsi votre responsabilité morale, surtout en cette période de pots de fin damnée, et qu’ils ne peuvent bénéficier de RTT (réduction temporaire de théâtre) pour qu’ils p(u)issent regarder la pub sur TF1, aller au bal non littéraire le samedi soir ou à Disneyland le dimanche ;
que, par ailleurs, vous n’hésitez pas à recruter des lycéens, voire même des collégiens, non majeurs ni vaccinés contre le théâtre contemporain, sans en avoir averti leurs parents ou les services de dépistage du SIAT (syndrome incontrôlé d’addiction au théâtre), ce pourquoi j’expire tirer les sonnets d’alarme à temps ;
qu’enfin, vous obligez de nombreuses personnes à reporter l’âge de leur retraite pour qu’elles continuent à s’adonner à l’insu de leur plein gré (déploration) à cette addiction dramatique.
Conséquemment, vous êtes condamné administrativement à accorder l’augmentation du temps de travail, frénétiquement soutenue par Georges Pérec, aux spectateurs à due concurrence de leurs droits et devoirs, et à « joue-moi quelque chose » en avril 2009 en présentant Casimir sans Caroline avec toute votre équipe déguisée en tous les personnages de l’Île aux enfants, et ce sans réutiliser les costumes de lapins sans pedigree de Juliette et son orchestre de hippies… pipe ou rat ?
Fait à Reims le 20 décembre 2008 pour faire valoir ce que de droit(e)…et de gauche…
Signé F(urax)…
PS : Tous les Rémois sont des spectateurs potes en ciel, comme dirait Fellag ou Robine.